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Faut-il vraiment éviter la douleur quand on fait de l’exercice ?

TEMPS DE LECTURE : 7 à 9 MIN.

« Si ça fait mal, c’est que je me fais du mal. »

Cette idée est extrêmement répandue. Que l’on soit sportif, en rééducation après une blessure ou simplement confronté à une douleur persistante, beaucoup de personnes pensent qu’il faut absolument éviter toute douleur pendant l’exercice.

Pourtant, les connaissances scientifiques actuelles montrent que la réalité est bien plus nuancée.

Dans certaines situations, continuer à bouger malgré une douleur légère ou modérée peut être bénéfique. À l’inverse, arrêter complètement toute activité physique par crainte de la douleur peut parfois ralentir la récupération.

Alors, faut-il toujours éviter la douleur lorsque l’on fait de l’exercice ? La réponse est non. L’essentiel est surtout de comprendre ce que signifie cette douleur.

Sommaire

La douleur n’est pas toujours un signal de lésion

Nous avons tendance à considérer la douleur comme un indicateur direct de dommage corporel. En réalité, la douleur est une expérience complexe produite par le cerveau afin de protéger l’organisme. Lorsqu’il perçoit une menace potentielle, le système nerveux peut générer une sensation douloureuse pour nous inciter à modifier notre comportement.

Cette douleur peut être influencée par de nombreux facteurs :

- une blessure récente ;
- la fatigue ;
- le stress ;
- le manque de sommeil ;
- les expériences passées ;
- les émotions ;
- les croyances liées à la douleur.

Ainsi, l’intensité de la douleur ne reflète pas toujours l’importance d’une éventuelle lésion.

Pourquoi certaines douleurs persistent alors que les tissus ont cicatrisé ?

Dans la plupart des cas, les tissus du corps guérissent en quelques semaines ou quelques mois. Pourtant, certaines douleurs peuvent persister bien au-delà du temps de cicatrisation attendu. On parle alors parfois de douleur persistante ou chronique.

Dans cette situation, le système nerveux devient plus sensible et réagit davantage à certains mouvements ou certaines contraintes. Le mouvement n’est alors plus forcément dangereux, même s’il reste inconfortable.

C’est précisément dans ce contexte que l’exercice thérapeutique joue souvent un rôle important.

Douleur pendant l’exercice : faut-il s’inquiéter ?

Tout dépend du type de douleur ressenti.
Il est utile de distinguer plusieurs situations.

Une gêne légère ou modérée

Par exemple :
- une douleur qui apparaît pendant l’effort ;
- une sensation d’inconfort supportable ;
- une douleur qui revient rapidement à son niveau habituel après l’activité.

Dans de nombreux cas, ce type de réaction est compatible avec la poursuite de l’exercice. Certaines études montrent même qu’un travail progressif malgré une douleur tolérable peut favoriser l’amélioration des symptômes.

Une douleur qui augmente progressivement et durablement

En revanche, une adaptation peut être nécessaire lorsque la douleur augmente fortement pendant l’effort, lorsqu'elle reste aggravée plusieurs jours, lorsqu'elle perturbe significativement le sommeil ou qu'elle limite fortement les activités quotidiennes. Dans ce cas, la charge d’exercice mérite souvent d’être réévaluée.

Une douleur associée à des signes inhabituels

Une consultation est recommandée en présence de :

- perte de force importante ;
- engourdissements persistants ;
- gonflement marqué ;
- traumatisme récent ;
- douleur intense et inhabituelle.

Ces situations nécessitent une évaluation individualisée.

La règle du feu tricolore

Une méthode simple consiste à utiliser un système comparable à celui des feux de circulation.

Zone verte

La douleur est faible et tolérable. Elle ne modifie pas la qualité du mouvement. Elle revient rapidement à son niveau habituel après l’effort. L’exercice peut généralement être poursuivi.

Zone orange

La douleur est plus marquée mais reste contrôlable. Une adaptation de l’intensité ou du volume d’entraînement peut être utile. Une surveillance est recommandée.

Zone rouge

La douleur devient importante. Elle modifie le mouvement, persiste ou s’aggrave durablement après l’activité. Une réévaluation est nécessaire. Cette approche permet souvent de retrouver un juste équilibre entre protection excessive et surcharge inutile.

Pourquoi l’arrêt complet est rarement la meilleure solution

Face à une douleur, le premier réflexe consiste souvent à arrêter toute activité. Cette stratégie peut être pertinente à très court terme dans certaines situations aiguës.

Cependant, lorsqu’elle se prolonge, plusieurs conséquences peuvent apparaître :

- perte de force musculaire ;
- diminution de l’endurance ;
- réduction de la mobilité ;
- baisse de confiance dans le mouvement ;
- augmentation de la sensibilité à l’effort.

Le corps s’adapte à ce que nous lui demandons. Moins il est sollicité, moins il devient tolérant à l’activité.

Le rôle de l’exposition progressive

L’un des principes les plus utilisés en rééducation consiste à réintroduire progressivement les contraintes. L’objectif n’est pas de forcer, mais d’exposer le corps à des charges adaptées afin qu’il développe progressivement sa capacité de tolérance.

On retrouve ce principe dans de nombreuses situations :

- tendinopathies ;
- lombalgies ;
- douleurs cervicales ;
- douleurs d’épaule ;
- reprise sportive après blessure.

Cette progression permet au système musculo-squelettique et au système nerveux de retrouver confiance dans le mouvement.

Et pour les sportifs ?

Chez les sportifs, la frontière entre douleur normale et douleur problématique peut parfois sembler floue.

Il est important de distinguer :

- la sensation d’effort
- une brûlure musculaire, fatigue ou courbatures légères, qui sont des phénomènes normaux liés à l’entraînement.
- la douleur liée à une surcharge, qui apparaît souvent de manière progressive et peut signaler que la récupération n’est plus suffisante.

Dans ce cas, il ne s’agit pas nécessairement d’arrêter mais plutôt d’ajuster le volume, l’intensité, la fréquence et la récupération.

Et chez les seniors ?

Chez les personnes âgées, la peur de la douleur constitue souvent un frein majeur à l’activité physique. Pourtant, le maintien du mouvement reste essentiel pour préserver :

- la force musculaire ;
- l’équilibre ;
- l’autonomie ;
- la qualité de vie.

L’objectif n’est pas d’éviter toute sensation inconfortable, mais de pratiquer une activité adaptée et progressive. Une douleur légère ne signifie pas automatiquement que l’exercice est dangereux.

Comment savoir si l’on est dans la bonne zone ?

Quelques questions simples peuvent aider :

- Puis-je poursuivre l’exercice malgré cette douleur ?
- Mon mouvement reste-t-il fluide ?
- La douleur revient-elle à son niveau habituel dans les 24 heures ?
- Puis-je reprendre mes activités normales après la séance ?

Si la réponse est oui, il est souvent possible de poursuivre la progression.

En résumé

La douleur ne doit pas être ignorée, mais elle ne doit pas non plus être systématiquement considérée comme un signal d’arrêt absolu.

Dans de nombreuses situations, notamment lors de douleurs musculo-squelettiques persistantes ou de certaines phases de rééducation, un exercice adapté et progressif reste l’un des outils les plus efficaces pour retrouver ses capacités.

L’objectif n’est pas de rechercher la douleur, ni de la fuir à tout prix.

L’objectif est de comprendre ce qu’elle signifie et d’apprendre à progresser en toute sécurité.

Si vous avez un doute sur la manière d’adapter votre activité physique ou si la douleur limite durablement vos activités, une évaluation personnalisée permet de déterminer les exercices les plus adaptés à votre situation.

Vous souhaitez prendre rendez-vous avec votre kinésithérapeute ou votre ostéopathe ?

Références scientifiques

International Association for the Study of Pain (IASP). Pain Education Fact Sheets.

 World Health Organization. WHO Guidelines on Physical Activity and Sedentary Behaviour. 2020.

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Hartvigsen J, Hancock MJ, Kongsted A, et al. What low back pain is and why we need to pay attention. The Lancet. 2018.

Malliaras P, Barton CJ, Reeves ND, Langberg H. Achilles and patellar tendinopathy loading programmes. Sports Medicine. 2013.

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